Mon Afrique (2001)

Papier: 19,95 $

ePub: 17,99$

Tandis que Nelson Mandela rallie les forces qui briseront le joug de l’apparteid, une journaliste québécoise et un syndicaliste sud-africain, Jay Naidoo, choisissent de s’aimer. Mon Afrique raconte cette double chronique: la libération d’un pays et la victoire d’un amour qu’on aurait dit impossible. Si l’Afrique de Nelson Mandela est balayée par des vagues de violence, la vie de Lucie et de Jay est malmenée par la douleur de l’exil — Lucie a laissé un fils en Amérique —, le poids des différences — elle est blanche et reporter, il est noir et né avec une «mission» — et l’incessant duel qui oppose amour et devoir…

Publié par Libre Expression, New Africa Books et Presses de la Renaissance

Pour les malvoyants, Mon Afrique a été publié en gros caractères, chez Guy Saint-Jean Éditeur

Prologue

En 1990, je me suis rendue en Afrique du Sud en reportage, dans le cadre de l’émission Nord-Sud, de Radio-Québec. Je devais préparer une dizaine de documentaires sur ce pays, bien connu pour son régime politique de séparation des races, l’apartheid. J’avais le mandat de décrire la période de transition qu’entamait l’Afrique du Sud après la libération du plus célèbre prisonnier politique du monde, Nelson Mandela, sorti de prison quelques mois plus tôt, le 11 février 1990.

Je suis restée cinq semaines en Afrique du Sud. C’était la première fois que je partais si longtemps sans mon fils. Trente-cinq dodos exactement… Je lui avais préparé une petite enveloppe pour chaque soir, contenant chacune une courte histoire et une surprise. Cinq semaines d’absence, c’est long, très long pour un coeur de mère.

Léandre avait alors quatre ans. Petit bonhomme curieux, éveillé, heureux aussi, je crois; malgré la séparation de ses parents, il s’était habitu au train de vie de la garde partagée entre son père et moi. Il avait tout en double : amis, chambre, jouets. Deux vies. Comme tant d’enfants victimes de nos relations modernes et impatientes.

Dans l’avion qui me ramenait à Montréal, je ne pensais plus à ces cinq semaines pendant lesquelles j’avais vécu des moments passionnants de ma carrière journalistique, mais à mon petit coeur à l’autre bout du globe. Et plus je m’en rapprochais, plus j’avais hâte de me pelotonner dans ma petite routine de sept dodos – sept dodos que rien au monde ne pouvait venir déranger.

Huit mois après mon retour, je liquidai ou entreposai mes affaires dans des sous-sols, grandes et greniers d’amis. Je repartis pour l’Afrique du Sud, pour y rester, cette fois. Mon fils m’y rejoindrait dans six mois. Son père et moi en étions arrivés au seul compromis possible : la garde partagée entre deux continents. Un arrangement invraisemblable, insensé peut-être, mais qui paraissait la solution la plus juste pour Léandre et pour nous.

– Dans cent quatre-vingts dodos, maman?

– Oui, mon chou.

– Mais c’est long, ça, non?

– Oui, mon chou. Mais je t’appellerai chaque semaine. Je t’enverrai des belles histoires, des surprises, des photos.

Léandre pleurait. Il s’accrochait à mon cou comme s’il s’agissait d’un adieu définitif. Son étreinte m’étouffait, littéralement. « Mais qu’est-ce que j’ai fait? » me disais-je. Nous avons dû nous mettre à deux, son père et moi, pour arracher ses petits bras tendus et tremblants de mon cou. J’ai dévalé l’escalier à toute vitesse, aveuglée par mes larmes. Les cris et les pleurs de mon fils me suivirent jusque dans la rue.